Il existe une relation dans votre vie, et dans celle de tout le monde, qui a été tenue secrète. Vous ignorez quand elle a commencé et, pourtant, vous dépendez d’elle en toute chose. Si cette relation devait un jour cesser, le monde disparaîtrait en un nuage de fumée. Il s’agit de votre relation à la réalité.

C’est quand vous voyez que la lumière devient brillante. C’est quand vous écoutez que les vibrations de l’air deviennent des sons audibles. L’activité du monde qui vous entoure, dans toute sa richesse, dépend de la relation que vous entretenez avec lui.

Que signifie « être humain » ?

Si nous sommes des poussières insignifiantes au sein du gigantesque vide noir qu’est l’espace, cette réalité doit être acceptée. Et si, au contraire, nous sommes les créateurs de la réalité et que nous vivons dans un univers conscient réagissant à notre mental, cette réalité aussi doit être acceptée.

Depuis longtemps, l’univers se met à nu. Un à un, il retire les voiles qui recouvrent la nature véritable des choses. Au départ, cette mise à nu était lente et ennuyeuse. Il a fallu attendre des siècles avant que le premier voile, l’idée que l’atome était solide, ne tombe.

Car l’atome est une idée ancienne, qui remonte à Démocrite et à ses adeptes.

Les philosophes de la Grèce antique ne pouvaient pas voir l’atome (d’ailleurs, nous non plus, plus de 2 000 ans plus tard), mais leur raisonnement était que si vous coupiez un objet, n’importe lequel, vous finissiez par arriver à un élément si petit que l’on ne pouvait plus le couper. C’est ainsi que le mot « atome » provient de deux mots grecs signifiant « ne pas » et « couper ».

Les révélations se seraient moins fait attendre si quelqu’un avait pu trouver un moyen de prouver l’existence des atomes, mais tel n’a pas été le cas. Par conséquent, quand on demandait de quoi était fait l’univers, on obtenait des réponses totalement théoriques et en rien pragmatiques. Mais il était certain qu’il devait exister une unité la plus petite possible. À partir du XVIIIe siècle, les découvertes se sont beaucoup accélérées : on a commencé à faire des expériences, et le comportement des réactions chimiques a donné les premières indications tendant à montrer que les atomes réagissaient les uns avec les autres. Direction maintenant le XXe siècle, où l’on a pu prouver l’existence des électrons, du rayonnement, du noyau de l’atome, des particules subatomiques, etc. Une à une, les composantes de l’atome se sont dévoilées.

L’univers ne pouvait plus cacher sa complexité.

Et quand le dernier voile est tombé, on a eu la surprise de découvrir qu’il n’y avait « rien » ! Si vous tranchez un morceau de pain en unités de plus en plus petites, l’atome disparaît dans le vide quantique. De quelque chose, on passe à rien. Ce processus a un côté subversif : quand on s’aperçoit qu’il n’y a rien à voir, il ne nous reste plus qu’à conceptualiser l’univers, à défaut d’être capables de l’observer. On en revient alors en quelque sorte au point de départ, à devoir, comme les Grecs anciens, s’en remettre à la logique et à la spéculation plutôt qu’à des faits prouvables.

 

Le pouvoir de l’observateur

Pour les matérialistes, une chose est une chose, et cela s’arrête là. Pour les physiciens quantiques, il en va autrement. L’expérience montre que l’observation de particules influence ces mêmes particules et agit donc sur la matière physique.

Il doit y avoir un phénomène qui nous échappe. Un observateur A examine un objet B dans l’intention de prendre des mesures, par exemple sa masse, sa position, son élan, etc. À l’instant où cette intention est spécifiée, l’objet s’y conforme (c’est ce qui nous échappe). Nul n’a proposé d’explication qui ait été acceptée.

Heisenberg a décrit très clairement ce phénomène : « Ce que nous observons n’est pas la nature, mais la nature exposée à notre méthode de questionnement. » L’observateur ne peut être séparé de l’observé, puisque la nature nous donne ce que nous voulons chercher.

Si, comme l’a dit Heisenberg, « les atomes ou les particules élémentaires ne sont pas réels », alors il s’avère que se demander de quoi l’univers est fait n’est pas la bonne question. Nous cherchons à exploiter une illusion, ce qui ne peut marcher. L’univers se compose de ce que nous voulons qu’il nous montre. Les matérialistes ont beau lever les yeux au ciel quand ils entendent ce genre d’idée, certains faits n’en demeurent pas moins indéniables.

Si l’on fait un bilan, on s’aperçoit que l’on n’a pas un cosmos rempli de matière, mais un cosmos rempli de possibilités se transformant mystérieusement en « matière », cette transformation étant plus réelle que l’apparence physique que nous considérons comme allant de soi. À ce jour, il n’existe pas de meilleure réponse scientifique à la question « De quoi est fait l’univers ? »

 

La réalité en question

Visualisez par vous-même la chose suivante : vous êtes assis dans un train en marche. En regardant par la fenêtre, vous remarquez qu’un deuxième train à la même hauteur avance dans la même direction que vous sur une voie parallèle. Mais, pour vos yeux, le deuxième train n’avance pas : il semble immobile. En fait, vos yeux vous trompent : la réalité est que les deux trains avancent à la même vitesse en comparaison à un quai. Mentalement, nous nous adaptons tous aux mensonges que nous racontent nos sens.

Par exemple, nous nous ajustons à la croyance que le soleil se lève à l’est et se couche à l’ouest. Ou encore, quand un camion de pompiers file à toute allure, le volume de sa sirène augmente quand il approche de nous et diminue quand il s’éloigne. Mais, mentalement, nous savons que le bruit de la sirène n’a pas changé. L’écart perçu n’est qu’un mensonge que nous racontent nos oreilles.

De même, chaque sens n’est pas fiable. Si vous annoncez à une personne que vous allez lui plonger la main dans un seau rempli d’eau bouillante et qu’en réalité vous mettez sa main dans de l’eau glacée, la plupart des gens réagiront comme si l’eau était bouillante. En effet, une attente mentale amène un sens – en l’occurrence le toucher – à donner une fausse image de la réalité. Ainsi, la relation entre ce que vous pensez et ce que vous voyez se fait à double sens.

 

La construction de la réalité

Votre mental peut interpréter de manière erronée ce que vous voyez ou vos yeux peuvent raconter à votre mental une histoire mensongère.
Cela nous rappelle un incident qui est arrivé à une connaissance.

Alors qu’il rentrait de son travail, sa femme lui a raconté qu’il y avait une énorme araignée dans la baignoire et l’a supplié de l’en débarrasser. Il est monté à l’étage et, dans la salle de bains, a écarté le rideau de douche. Sa femme, qui était en bas, l’a entendu hurler, parce qu’il s’attendait à trouver l’araignée la plus énorme qui soit. En réalité, c’était un poisson d’avril : elle avait mis dans leur baignoire un homard vivant !

Il existe toujours un désaccord quant à savoir ce qui est réel et ce qui ne l’est pas.

Mais il se trouve que ce différend peut constituer une remarquable opportunité. En effet, notre mental, et donc le flot des pensées qui nous viennent chaque jour à l’esprit, pourrait influencer la réalité extérieure. Peut-être est-ce la raison pour laquelle les petits objets ne se comportent pas comme les grands. Prenez l’exemple d’un citron.

Visualisez sa surface jaune et rêche, ainsi que son écorce huileuse.

Maintenant, visualisez un couteau coupant le citron en deux moitiés.

De fines gouttelettes de jus giclent quand la lame s’enfonce dans la chair.

En faisant cette visualisation, vous êtes-vous mis à saliver ? Il s’agit d’une réaction prévisible, parce que le simple fait de voir l’image mentale d’un citron crée la même réaction physique que si vous aviez vu un vrai citron. Cela illustre en quoi un événement intérieur peut provoquer une réaction extérieure. Le mental est constamment en train d’agir sur la matière.

En effet, chaque pensée nécessite un changement physique dans le cerveau, qui se traduit même au niveau de notre activité génique.

 

L’influence du mental sur la matière

L’influence du mental sur la matière brouille les cartes en physique : le simple fait d’observer n’est pas passif. Si vous regardez la pièce dans laquelle vous vous trouvez en ce moment même, les choses que vous observez, c’est-à-dire les murs, les meubles, les luminaires ou les livres, ne changent pas. Votre regard semble complètement passif. Mais en ce qui concerne l’intérieur de votre corps, votre regard est actif. Vous agissez sur l’activité du cortex visuel dans votre cerveau à mesure que vos yeux se portent sur différents objets.

Si vous apercevez une souris dans un coin de la pièce où vous vous trouvez, cela pourra déclencher un ensemble d’activités dans votre cerveau. En revanche, nous considérons qu’il va de soi que notre regard est inactif sur le monde extérieur. Mais c’est là que la théorie de la mécanique quantique jette le trouble. Quand on observe les photons, les électrons et d’autres particules subatomiques, cela crée un phénomène mystérieux baptisé « effet d’observateur ».

D’après la théorie quantique, tant qu’un photon ou un électron n’est pas observé, il se comporte comme une onde. Il se trouve que l’une des caractéristiques des ondes est qu’elles se répandent dans toutes les directions ; un photon à l’état ondulatoire n’a pas d’emplacement précis.

Pourtant, dès que le photon ou l’électron est observé, il se comporte à la manière d’une particule : il se trouve à un endroit spécifique, a une charge, une impulsion, etc.

Laissons de côté les détails de la complémentarité et du principe d’incertitude, deux notions essentielles pour comprendre le comportement quantique. Pour l’instant, portons notre attention sur l’éventualité que les très petits objets extérieurs puissent être modifiés simplement par l’observation, qui est un acte mental. Quand on fait preuve de bon sens, on a du mal à accepter cela, car on a l’habitude de supposer que l’observation est un acte passif.

Mais revenons à notre souris. Quand vous la regardez, souvent, vous la verrez se figer, avant de s’enfuir pour tenter de survivre à une attaque potentielle.

Votre regard a provoqué cette réaction, simplement parce que la souris a senti que vous la regardiez. Un photon ou un électron peut-il lui aussi percevoir le regard d’un scientifique ?

Cette question paraîtra absurde aux yeux de la grande majorité de scientifiques, qui maintiennent que le mental n’existe pas dans la nature, tout du moins pas avant qu’une série d’événements fortuits ait permis l’évolution sur terre de la vie humaine.

 

Quand la Nature devient consciente

Depuis des siècles, il existe un principe scientifique qui veut que la nature soit à la fois aléatoire et dénuée d’activité mentale. Alors comment se fait-il qu’un grand physicien contemporain tel que Freeman Dyson affirme la chose suivante ?

« En laboratoire, les atomes ont un comportement étrange : ils agissent en tant qu’acteurs, et non en tant que substances inertes. Ils font des choix imprévisibles entre différentes possibilités en se conformant aux lois de la mécanique quantique. Il apparaît qu’il existe dans une certaine mesure une activité mentale, c’est-à-dire la capacité de faire des choix, dans chaque atome. »

L’affirmation de Freeman Dyson est audacieuse à double titre.
Premièrement, les atomes font selon lui des choix, ce qui est le signe d’une activité mentale. Deuxièmement, il affirme également que l’univers est lui aussi caractérisé par une activité mentale. Tout d’un coup, un lien se crée entre le comportement des gros objets et celui des petits. Au lieu d’une différence totale d’attitude entre les atomes d’une part et les nuages, les arbres, les éléphants et les planètes d’autre part, on a seulement un semblant de divergence.

Si vous observez des particules de poussière dansant dans un rayon de soleil, leur mouvement paraît totalement fortuit, du point de vue de la physique des corps en mouvement. Mais une autre image permet de clarifier la situation.

Imaginez que vous soyez perché sur la terrasse panoramique au sommet de l’Empire State Building, un physicien à vos côtés. Vous regardez tous les deux la rue en contrebas. À chaque carrefour, certaines voitures tournent à gauche, d’autres à droite. S’agit-il d’un schéma aléatoire ? Oui, répond le physicien.

Mais un tableau statistique montrera qu’en une certaine période autant de voitures tournent à droite qu’à gauche. De plus, nul ne peut prédire de manière fiable si la prochaine voiture à arriver au carrefour tournera à droite ou à gauche : la probabilité est de 50/50. Mais vous savez qu’en l’occurrence les apparences sont trompeuses. Car chaque conducteur a une raison qui l’amène à tourner à droite ou à gauche ; par conséquent, il n’y a pas un seul virage qui soit pris de manière aléatoire. Il faut simplement faire la différence entre les notions de choix et de hasard.

 

La notion arbitraire du temps

Quand les horloges basées sur la vibration de l’atome sont capables de découper le temps en millionièmes de seconde, on est en droit de penser que le temps ne nous cache plus beaucoup de mystères.
Il est vrai que les pendules sont très utiles pour nous indiquer l’heure.

Mais elles nous empêchent parallèlement de prendre conscience de la vérité. Un jour, alors qu’on lui demandait d’expliquer la relativité, Einstein a dit une phrase restée célèbre : « Mettez votre main sur la plaque d’une cuisinière pendant une minute, et cette minute vous paraîtra durer une heure. Passez une heure avec une jolie fille et cette heure vous paraîtra durer une minute. C’est cela, la relativité. »

Avec malice, il faisait ainsi référence à la dimension personnelle du temps, dans laquelle surgissent de véritables mystères.

 

L’éternel présent

Le temps n’a jamais été destiné à être notre ennemi. C’est nous qui le considérons ainsi, quand nous utilisons des expressions telles que : « Je manque de temps », « Je n’ai pas le temps », qui sous-entendent que les êtres humains sont pris au piège du temps sans pouvoir en réchapper, tout du moins pas tant que la mort ne leur a pas révélé s’il existe bien une vie après la mort.

Mais Einstein a trouvé un moyen de faire la paix avec le temps : il affirmait que le passé et l’avenir sont des illusions, tandis que seul existe le moment présent. C’est dans ces moments de génie que l’on voit converger la science moderne et les traditions spirituelles mondiales. À votre avis, est-ce un sage éveillé, un poète aux paroles prophétiques ou un célèbre physicien qui a dit la chose suivante : « Seul existe l’instant présent, éternel ; le présent est la seule chose qui soit sans fin » ?

Il s’agit d’Erwin Schrödinger, qui, tels de nombreux pionniers de la physique quantique, tendait vers le mysticisme à mesure que s’enrichissait sa compréhension de la révolution à laquelle il avait contribué.
Puisque le mysticisme est rédhibitoire en sciences, que se passerait-il si l’on s’apercevait que les paroles de Schrödinger sont à prendre au pied de la lettre ? Il ne nous resterait qu’une incompatibilité désormais familière. Dans la vie de tous les jours, il est clair que nous jonglons avec le passé, le présent et l’avenir.

Alors comment se pourrait-il que le temps soit immobile ou, plus incroyable encore, qu’il ait été inventé par l’esprit humain ?

Remémorez-vous l’image du paradis que vous aviez dans votre enfance. Que vous ayez vu des anges jouant de la harpe sur des nuages ou de vertes prairies dans lesquelles gambadaient d’innocents agneaux, il était dit à chaque enfant que le paradis était éternel, qu’il durait pour toujours.

Pour un enfant, comme pour beaucoup d’adultes, l’éternité paraît ennuyeuse et monotone. Elle peut même finir par effrayer, le temps s’écoulant sans fin, le son de la harpe et les agneaux perdant de leur superbe.

Mais en réalité, l’éternité ne dure pas longtemps. Car elle échappe au temps. Et quand une religion promet la vie éternelle, cela implique deux choses : d’une part, l’absence d’affliction liée au temps, par exemple la vieillesse et la mort et, d’autre part, le fait qu’après la mort nous devenons atemporels (ce qui est beaucoup plus abstrait).

C’est-à-dire littéralement que nous existons hors du temps dans la dimension éternelle où résident les âmes. Mais pourquoi attendre une éventuelle vie après la mort ? Si le temps est une illusion, nous devrions pouvoir nous y soustraire à notre gré, simplement en vivant dans l’instant présent. C’est ainsi que l’on peut accéder au véritable paradis.

 

Le temps, la grande illusion

Pensez au fonctionnement d’un écran de télévision. Si un ballon rouge vient à passer sur cet écran, rien ne doit se mettre en mouvement dans la télévision.

En réalité, ce seront les phosphores (dans un tube cathodique à l’ancienne) ou les cristaux liquides (pour un écran numérique) qui s’allument et s’éteignent rapidement. En faisant cela en séquences (d’abord, le LCD rouge numéro 1, puis le LCD rouge numéro 2, puis le LCD rouge numéro 3, etc.), le ballon semble flotter de gauche à droite, se diriger du haut vers le bas ou aller dans n’importe quelle direction choisie.

Au cinéma, on a beau connaître le truc, l’illusion l’emporte. À tout moment, on peut se lever et sortir du cinéma pour revenir dans le monde réel. Mais comment sortir du monde réel ?

Si le temps dans la vie de tous les jours est tout aussi illusoire que le temps au cinéma, il en résulte un problème. Le système nerveux humain est constitué de minuscules horloges qui régulent d’autres minuscules horloges dans tout le corps. Outre les rythmes longs auxquels se conforme le corps (sommeil et veille, ingestion, digestion et excrétion), il existe des rythmes intermédiaires (la respiration), des rythmes courts (le battement cardiaque) et des rythmes très courts (les réactions chimiques à l’intérieur des cellules).

C’est un miracle que le système nerveux humain soit à même de synchroniser tous ces rythmes, et plus encore. Il y a les saccades des fibres musculaires, la circulation des hormones, la division de l’ADN, la production de nouvelles cellules. Tous ces programmes sont munis d’horloges spécifiques. L’ADN contrôle également les rythmes longs, par exemple la poussée des dents de lait, le début des menstruations et d’autres aspects de la puberté, ainsi que des événements tels que la calvitie chez les hommes, la ménopause chez les femmes et l’apparition des maladies chroniques, qui nécessitent des années pour se développer, par exemple de nombreux cancers et la maladie d’Alzheimer. On ne sait toujours pas comment nos gènes parviennent à gérer des échelles de temps très courtes, de l’ordre de la milliseconde (temps nécessaire à une réaction chimique intracellulaire) ou très longues, par exemple soixante-dix ans ou plus.

 

Sommes-nous en train de rêver ?

Si vous avez l’esprit pratique, vous serez peut-être tenté de vous dire : « Le mystère du temps est trop abstrait. Tant que mon cerveau est réglé comme une horloge, cela me suffit. » Mais ce n’est pas le cas. Imaginez que vous soyez dans votre lit en train de rêver. Dans votre rêve, vous êtes un soldat en train de combattre sur un champ de bataille. Vous chargez, le cœur battant. Tout autour de vous, des bombes et obus explosent. Terrorisé, vous êtes en même temps captivé par ce spectacle. Et c’est à ce moment-là que vous vous réveillez. Le contenu de votre rêve se révèle alors être une illusion, et en particulier le temps. Car, dans les rêves, de longues périodes peuvent s’écouler, mais les neurologues savent que les phases de sommeil paradoxal, dans lesquelles se produisent presque tous les rêves, ne durent pas plus de quelques secondes, ou quelques minutes tout au plus.

En d’autres termes, il n’y a pas de lien entre le « temps cérébral » mesuré par l’activité neuronale et le « temps onirique ». Cela reste toutefois valable quand vous êtes éveillé. Imaginez que vous soyez, dans un rêve, assis près d’une fenêtre en train de regarder passer les gens et les voitures. À votre réveil, un spécialiste vous explique que votre rêve, qui vous a paru durer une demi-journée, a en réalité duré vingt-trois secondes de temps cérébral. Le jour, si vous regardez le monde défiler sous vos fenêtres, cette expérience est créée par les mêmes neurones qui sont à l’origine des rêves. L’activation de quelques neurones, qui ne prend que quelques centièmes de seconde, peut vous faire voir un éclair brillant qui durera longtemps (il est fréquent de voir ce genre de lumière dans des problématiques telles que la migraine ou l’épilepsie). À vous de voir si vous estimez que c’est le temps cérébral qui définit votre réalité ou si c’est votre expérience qui est réelle. Cela étant, aucun des deux n’est plus réel que l’autre, pour la simple raison que l’on ne peut s’extraire du cerveau pour percevoir le temps réel. S’il est facile de sortir d’un cinéma, il l’est beaucoup moins d’échapper à ce rêve éveillé.

 

Alors, le temps existe-t-il ?

Le temps apparaît chaque fois qu’un neurone s’active dans le cerveau.

Il est donc constamment créé. Tant qu’une personne est en vie, elle « crée » le temps ; nous n’en manquons jamais (quand une personne affirme « je manque de temps », bien entendu, elle veut dire par là qu’elle n’a pas réussi à respecter une échéance). Par conséquent, il n’est pas nécessaire de remonter au big-bang. Se demander d’où vient le temps n’a au fond rien à voir avec l’univers. Il s’agit en réalité de s’intéresser à notre expérience de l’instant présent. Car il n’y a pas d’autre moment. En résolvant le mystère du temps, nous saurons si les êtres humains sont ses créateurs ou ses victimes, c’est-à-dire s’ils sont le jeu de l’activité cérébrale. Cela semble la seule alternative possible. Si le temps dépend du cerveau et réciproquement, c’est l’un des moyens les plus importants qu’a chacun de participer à l’univers que nous évoquons.

 

L’outil cérébral

Le problème du lien entre le cerveau et le mental, qualifié de « problème difficile », s’est avéré impossible à résoudre, parce que donner la suprématie au cerveau est une erreur. Ce ne sont pas les neurones qui écoutent la musique, mais bien nous. Par conséquent, pourquoi examiner les neurones en considérant qu’ils sont la clé de la musique ou de n’importe quelle expérience ?

Même les éléments les plus fondamentaux de la conscience sont absents du cerveau. Ce dernier ne sait absolument pas pourquoi il existe. Si vous plantez un couteau dans le cerveau, cet organe ne ressent pas la douleur. Il n’a pas de préférence pour les Beatles ou Led Zeppelin. Bref, le mental ne saurait être expliqué au moyen de n’importe quel objet ou chose, même aussi glorieux que notre cerveau. Vous ne demanderiez pas à votre autoradio s’il préfère les Beatles ou Led Zeppelin. Vous ne vous attendriez pas non plus à ce que votre ordinateur portable s’écrie « aïe ! » si vous lui plantez un couteau dedans.

 

La pré-existence de la conscience

Être conscient, c’est comme être enceinte ou être mort : soit on l’est, soit on ne l’est pas. Il n’y a pas de juste milieu. À notre sens, l’éventualité d’un juste milieu a disparu une fois pour toutes quand nous avons montré que ce n’est pas le cerveau qui pense. Le cerveau humain, qui est une chose, ne peut être la source du mental. En suivant la même logique, on peut également écarter la possibilité que l’univers physique soit à l’origine du mental. Certes, l’univers est immense comparé au cerveau humain, mais ce n’est pas parce qu’un mécanisme physique est grand qu’il en devient plus intelligent ou même capable de penser. Si ce genre d’affirmation paraîtra choquante et scandaleuse aux yeux des scientifiques traditionnels, le seul moyen qu’un atome, un cerveau, l’univers entier ou toute chose puisse avoir un comportement similaire à celui de l’esprit est qu’il soit de la même nature, qu’il soit l’esprit.

Platon a inspiré le mot « platonique », indiquant une dimension transcendantale et se rapprochant à ce titre de la notion de « divin ».

Il revient presque au même de dire que l’harmonie mathématique est un attribut platonique (et platonicien) ou qu’elle est un don de Dieu.

Le problème est le même quand on cherche à exclure Dieu ou à l’inclure. La conscience n’est pas « dans » l’univers, au même titre que l’humidité n’est pas dans l’eau ou la saveur sucrée dans le sucre.

On ne dit pas : « Cette eau est presque parfaite. Il faut simplement y ajouter un peu plus d’humidité. » On ne dit pas non plus : « J’adore ce sucre, mais il serait encore meilleur si j’arrivais à le rendre sucré. »

De même, la conscience n’est pas une poussière magique que l’on saupoudre sur des atomes inertes afin de les rendre capables de penser. La conscience doit préexister.

Nous avons vu que ce n’est pas la matière qui a la propriété de se comporter comme l’esprit. C’est même tout à fait l’inverse. Quand il le veut, l’esprit cosmique peut adopter les propriétés de la matière.

Au niveau quantique, il peut décider de se comporter comme une onde ou comme une particule. Ce choix, lorsqu’il est fait, est mental, ce qui ne devrait pas nous choquer. Car par définition, les choix sont mentaux. On ne dit pas : «

Mon estomac a décidé de prendre des flocons d’avoine au petit déjeuner. »

C’est nous qui décidons ce que nous voulons manger, et non pas notre corps.

Bien sûr, l’organisme joue un rôle dans le choix qui est fait, de par les liens qui existent entre lui et le mental. Si vous êtes distrait, vous vous rappellerez qu’il est temps de manger en entendant votre estomac gargouiller, de même que des bâillements vous indiqueront qu’il est temps d’aller vous coucher. L’aspect physique comme l’aspect mental ont leur rôle à jouer.

En rejetant la conscience, la science conventionnelle a pris une décision désastreuse qu’elle commence, petit à petit, à regretter.

C’est comme si la réalité elle-même affirmait que l’ignorance n’est plus une excuse valable dans les questions concernant l’esprit et le cosmos. L’univers n’a pas été dénué de son esprit en un clin d’œil ; c’est une décision collective qui a été prise à l’aube de la science moderne.

Auteurs : Deepak Chopra & Menas Kafatos

 

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